Un test ADN comme point de départ

À la découverte du test ADN

Il y a plusieurs mois, j’ai commandé un kit ADN sur le site de Myheritage, une compagnie israélienne qui propose des services de lecture de l’ADN autosomal pour déterminer les origines ethniques des individus qui font le test. Ce service n’est pas directement disponible en France car la loi française ne permet pas les tests ADN sans décision juridique mais comme je vis en Espagne, cela n’a pas été un problème pour moi. Myheritage est une compagnie parmi d’autres: la technique de lecture des origines ethniques via l’adn a connu un essor phénoménal aux États-Unis ces dernières années et plusieurs compagnies existent sur le marché. Parmi elles, on peut citer Ancestry.com, 23andMe, FTDNA, Igenea… Les prix varient entre 80€ et 200€ environ, selon les compagnies et les tests réalisés. Soyons honnêtes, j’ai pris le test le moins cher.

Après avoir fait commande du test, je me suis renseignée sur les différentes compagnies. J’ai appris que Ancestry était la plus ancienne, et la plus populaire avec 23andMe. Myheritage est la plus récente aparemment et sa base de données est petite en comparaison à d’autres.

Je me suis aussi intéressée au test ADN en lui-même. Myheritage analyse l’ADN autosomal. Je ne suis pas une experte en génétique mais voici un récapitulatif très simple des différents tests:

  • le test sur l’ADN autosomal analyse les 22 chromosomes qui forment le génome humain et compare les séquences de l’ADN de chaque individu analysé avec les ADN récoltés auprès de populations de référence. Cette comparaison permet de donner une estimation sur les origines ethniques d’une personne.
  • le test sur l’ADN mitocondrial analyse la lignée maternelle d’un individu. Le génome mitocondrial passe uniquement de la mère à l’enfant, ce qui veut dire qu’une femme le transmet à ses enfants des deux sexes, mais pas un homme. Grâce à cette analyse, on trouve l’haplogroupe d’appartenance d’un individu sur sa lignée maternelle (mère de la mère de la mère de la mère, etc.). J’aurais du mal à définir ce qu’est un haplogroupe mais il s’agit d’une catégorisation des êtres humains dans de grands groupes génétiques qui font référence aux déplacements de populations et à leur évolution depuis la préhistoire. Certains haplogroupes sont retrouvés plus fréquemment dans certaines régions que dans d’autres.
  • le test sur l’ADN-Y ne peut être réalisé que sur les individus mâles. Il s’agit d’étudier le chromosome Y dont seuls les hommes héritent, qui va permettre de retracer la lignée exclusivement paternelle (le père du père du père du père, etc.) d’un individu et de le placer dans un haplogroupe.

Certaines compagnies comme 23andMe, FTDNA ou Igenea proposent des tests sur l’ADN mitocondrial ou sur l’ADN-Y. Ces tests ne donnent pas de résultats intéressants pour une généalogie récente car ils nous situent dans de grands groupes de populations. Le test autosomal donne un résultat plus précis et plus récent mais il n’est pas possible de savoir ce qui est hérité du père et ce qui est hérité de la mère.

Chacun d’entre nous hérité de la moitié des gènes de son père et la moitié des gènes de sa mère. On va donc hériter de la moitié des marqueurs ethniques de chacun de nos parents. Mais la répartition ne se fait pas de façon forcément égale. Prenons l’exemple d’une personne dont les parents sont de deux origines différentes. Si la mère est moitié française et moitié tchèque, comme la mienne, il n’est pas dit que j’hériterai de 25% de gènes français et 25% de gènes tchèques. Ça peut être un 30%-20% ou 15%-35%… Et c’est parfaitement aléatoire.

En continuant dans mes recherches sur ces tests, je me suis rendu compte aussi qu’il ne fallait pas prendre les résultats au pied de la lettre. Tout d’abord parce que ce n’est pas une science exacte: les compagnies ont leurs propres algorythmes pour déterminer les origines ethniques d’un ADN. Ensuite, parce que les populations de référence ne recouvrent pas la totalité du globe: les scientifiques analysent des populations d’origine dans plusieurs parties du globe (les individus testés ont 4 grands-parents nés dans la même région) et c’est un sacré boulot d’analyser la totalité des groupes ethniques existant sur terre. Enfin, parce que de nombreuses populations se ressemblent énormément (c’est le cas des pays avec des frontières communes) et qu’il est pratiquement impossible de les différencier.

Et sur toutes ces constatations arrivent mes résultats sur le site de Myheritage. Les voici:

Screenshot-2017-11-3 Estimación Étnica - Castot Web Site - MyHeritage

(Les résultats sont en espagnol mais je ne pense pas que ce soit trop difficile à comprendre).

Alors, voilà, je suis un exemple de mélange purement européen, ce qui n’est pas une grande surprise. Myheritage, comme les autres sites, montre une carte à côté des résultats pour nous aider à situer les zones dans lesquelles notre ADN est retrouvé. On peut voir que le résultat “Europe du Nord-ouest” recouvre la France, l’Allemagne, la Suisse, la Belgique, les Pays Bas, une partie de la République Tchèque, de la Pologne, du Danemark, de l’Italie, de l’Autriche, de l’Espagne et de l’Angleterre. C’est un gros morceau d’Europe, en somme. Pas étonnant, connaissant mes origines, que mon résultat sur cette zone soit élevé.

En Europe du Sud, j’ai supposé que les résultats sur l’Italie étaient dûs à mes origines croates et ceux sur la péninsule ibérique à mes origines basques. Enfin, mes origines slaves se partagent entre l’Europe du Nord-ouest, l’Europe orientale et la Baltique.

Autrement dit: pas de grande révélation par rapport à ce que je savais déjà. Mais cela m’a quand même aidée à dégager quelques hypothèses pour commencer à résoudre les zones d’ombres de mon arbre. En effet, mon père m’a toujours raconté que son père avait été abandonné par sa mère et était de père inconnu. Né en Normandie en 1914, il a été placé dans un foyer et n’a jamais connu ses parents, bien que sa mère lui ait laissé son nom de famille. Il serait donc impossible de retracer ses origines et l’ADN pourrait quand même donner une indication utile. Ce qui est le cas: le pourcentage élevé sur l’Europe du Nord-ouest m’ont laissé à penser que les parents de mon grand-père étaient tous deux de la partie Nord de la France, ou la Belgique, ou le Sud de l’Angleterre. Jai pu, quelques temps plus tard, confirmer cette hypothèse et découvrir, au passage, qu’il faut se méfier des histoires familiales (mais ça, je le raconterai dans une autre entrée).

Une autre légende familiale, du côté de mon père, qui aime beaucoup les légendes, consistait à dire que ma grand-mère croate était à moitié juive. Mon père avait élaboré cette hypothèse sur la base du nom de famille de sa mère (Šut, qu’il faut prononcer choute) qui n’est pas un nom courrant en Croatie. Le test ADN permet de déterminer de possibles origines juives chez une personne. Il est bien entendu qu’être juif c’est, avant tout, appartenir à une religion, mais il se trouve que les populations juives d’Europe de l’Est, du Sud ou d’Afrique du Nord, ont eu un comportement assez endogame et se sont peu mélangées aux autres populations. Ce qui permet aux généticiens d’isoler des caractéristiques génétiques proprement ashkénazes ou sépharades. Et mes résultats sur les populations juives sont nuls, ce qui exclut la possibilité d’avoir un arrière-grand-père juif et rejoint les constatations que j’avais faites en étudiant un peu ma branche croate (pas de prénoms proprement juifs, pas de tradition orale, à par le discours paternel).

Les compagnies comme Myheritage font également une comparaison de l’ADN de chaque individu avec toutes les personnes qu’ils ont dans leur base de données, ce qui permet de trouver de possibles cousins. Dans mon cas, Myheritage a trouvé, à ce jour 33 personnes qui peuvent avoir un lien de parenté avec moi. Ce sont tous des cousins assez lointains et il m’est impossible, à ce jour, de les connecter à mon arbre généalogique. Certains d’entre eux sont aux États-Unis, d’autres en Finlande, aux Pays-Bas, au Vénézuela, en République Tchèque, en Suède, en Grande-Bretagne, en Turquie… Bref, un peu partout. Comme leur base de données s’agrandit au fur et à mesure que les gens font le test avec eux, d’autres cousins peuvent apparaître au fil du temps.

Comme ces résultats m’ont laissée un peu sur ma faim et m’ont donné envie d’en savoir plus, j’ai poussé mes recherches sur les différentes lectures de l’ADN. Je les partage dans un autre article de ce blog.

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